
Cet article fait partie du dossier
Amours d’orchidées
Découvrez les incroyables tactiques de séductions de 7 orchidées
En plus de 100 millions d’années, les orchidées ont connu une diversification explosive de formes, de couleurs et de stratégies de reproduction. Rendez-vous galants.
En plus de 100 millions d’années, les orchidées ont connu une diversification explosive de formes, de couleurs et de stratégies de reproduction. Rendez-vous galants.

La réconfortante
Sérapias en cœur (Serapia cordigera)
- Pleine lumière à mi-ombre, garrigues, broussailles, cultures et bois clairs
- 15-40 cm
- D’avril à juin
- Le genre Serapias comprend huit espèces, majoritairement dans le sud de la France et en Corse
Avec leur labelle en forme de cœur ou de langue bien pendante et un habit rouge ténébreux, les sérapias ne font pas les choses à moitié. En nommant ces fleurs en référence au dieu Sérapis, symbole de fertilité, les Grecs avaient justement déjà senti leur potentiel aphrodisiaque. Il faut dire que pour faire monter la température, certaines savent y faire. Entre la longue langue rouge et le casque, le mercure grimpe de 1 à 3 °C comparé à l’extérieur. De quoi fournir un gîte confortable à tout hyménoptère désabusé par la pluie ou les frimas printaniers. Attirées par des phéromones et par la morphologie de la fleur, guêpes et abeilles sont alors enveloppées de douceur au sein de leur loge temporaire. Lorsque vient le temps de repartir, l’insecte décolle chargé des pollinies de la plante hôtel.

L’illusionniste
Orchis sureau (Dactylorhiza sambucina)
- Pleine lumière à mi-ombre, milieux secs à frais, sur substrats calcaires à légèrement acides, jusqu’à 2 100 m d’altitude
- 10-30 cm
- D’avril à juillet
Ah les parterres d’orchidées violettes et jaunes de montagne... un rêve éveillé ! En y regardant bien, on remarque des fleurs très semblables par la forme, mais différentes par la couleur. Un tour de magie de plus qui illustre la diversité génétique de l’orchis sureau. L’arnaqueuse ne sert pas de nectar à ses butineurs, ils resteront à l’eau. Alors à force, voyez, on se passe le mot et on ne visite plus l’établissement. Pour remédier à ce boycott, la fausse barmaid a trouvé une tactique. En se présentant ici en habit violet et là en jaune pâle, elle brouille les pistes. Les clients ailés désabusés par l’enseigne d’une certaine teinte se rabattent sur le comptoir d’une autre, mais restent quand même sur leur faim. Et la dactylorhize – de son autre nom – gagne quant à elle à presque tous les coups.

La gendarmette
Orchis militaire (Orchis militaris)
- Pleine lumière sur substrat calcaire, sec et frais. Lisières, bois clairs, prairies maigres et broussailles jusqu’à 2 200 m d’altitude
- 20-45 cm
- D’avril à juin
Dans la brigade des orchis, tout repose sur l’attirance d’un partenaire ailé. Point d’autofécondation dans les rangs. À l’instar de l’orchis sureau, l’orchis militaire attire ses pollinisateurs à l’odeur. Les coléoptères, tels les cantharidés ou les taupins, et les hyménoptères, comme les ichneumons, répondent à l’appel. En outre, les touffes de poils du labelle stimulent les soies abdominales de certains insectes destinées à détecter les substances sucrées. Le nom militaris vient de la partie supérieure de la fleur en forme de casque, et du labelle à la découpe anthropomorphique. Une caractéristique partagée par d’autres espèces du même régiment, comme l’orchis singe ou l’orchis homme-pendu.

L’exotique
Orchis vanille (Gymnadenia rhellicani)
- Pleine lumière, pelouses et prairies alpines jusqu’à 2 800 m d’altitude
- 5-30 cm
- De juin à septembre
Pourpres, plus rarement roses ou blanches, les nigritelles sont d’apparence discrète. Elles répandent pourtant un fort parfum vanillé au sein des prairies alpines. Si elles attirent le bipède en quête d’exotisme, elles aguichent plus de 53 pollinisateurs différents. Avec 48 représentants, les papillons semblent être les insectes les plus friands de celles qu’on appelle aussi l’orchis vanille. Une de ces représentantes, Gymnadenia rhellicani, fut baptisée en hommage au naturaliste suisse J. Müller dont le surnom était Rhellicanus. Il aurait été le premier à citer le nom de cette orchidée, dans un poème en 1555.

La perchée
Malaxis des marais (Hammarbya paludosa)
- Uniquement dans les zones saturées d’eau parmi les sphaignes des hauts marais jusqu’à 1 100 m d’altitude
- 4-20 cm
- De juillet à août
- En complément de la reproduction par bulbilles, pollinisation par de minuscules diptères
La malaxis des marais vit dans les tourbières. Mais pas question de tremper les racines dans la matière organique morte, Madame vient de la haute. C’est l’une des seules représentantes en Europe d’un caractère pourtant commun à 80 % des orchidées du monde : elle est épiphyte. Cela signifie qu’elle pousse en hauteur sur d’autres plantes, ici les mousses, et ne vit donc pas ancrée dans le sol. Une caractéristique partagée sous nos latitudes par le liparis de Loesel et la malaxis monophyllos. Comment se passe-t-elle alors de l’aide vitale des micro-organismes du sol ? Elle n’en est en réalité pas dépourvue, puisque autour de ses racines vit tout un petit sol. Cela étant, les caractères épiphytes de ces espèces restent débattus dans la littérature, car elles vivent tout de même très proches du sol et de l’eau... Elles sont ainsi difficilement comparables avec les orchidées tropicales arboricoles.
La perchée n’aime également pas trop partager ses gènes. L’apex de ses feuilles produit des bulbilles qui tomberont et donneront à leur tour naissance à des clones. Ce mode de reproduction végétative est efficace, puisque l’on peut souvent observer des groupes d’individus issus des bulbilles d’un même pied qui se sont développés à proximité immédiate. Mais la variabilité génétique qui en résulte est évidemment faible. Cette stratégie de reproduction est partagée partiellement par d’autres orchidées qui privilégient pour autant la pollinisation.
Les entretenues
Limodore à feuilles avortées (Limodorum abortivum)
- Mi-ombre, sur substrats alcalins à acides. Bois, broussailles, talus, jusqu’à 1 800 m d’altitude
- 20-80 cm
- D’avril à juillet
Ressemblant étrangement à une orobanche, la limodore à feuilles avortées partage avec cette plante non chlorophyllienne le même travers : c’est un parasite. Eh oui, la limodore vit aux crochets d’un champignon, mais fait au moins l’effort de pratiquer un peu la photosynthèse. Comment lui en vouloir ? Elle est pratiquement au chômage technique, il y a si peu de lumière dans son sous-bois. Dans le genre collante, on peut citer sa cousine la néottie nid d’oiseau, qui elle ne s’essaie même pas à l’exercice photosynthétique. Malgré son allure à première vue peu aguicheuse, la néottie arrive quand même à attirer des diptères. Elle leur collera ses pollinies agrémentées d’une goutte visqueuse.


La navigatrice
Liparis de Loesel (Liparis loeselii)
- De pleine lumière à ombre.
- Marécages, dépressions humides intradunales
- 5-25 cm
- De mai à septembre
- Espèce pionnière se développant sur les mousses entourant les touffes de choin
Au milieu des dunes et marécages, le liparis de Loesel ne se distingue pas par une beauté ostentatoire. En témoignent ses petites fleurs entièrement vertes et l’absence de stratégie de charme connue à ce jour. La navigatrice est dotée d’un rhizome (tige souterraine) qui produit chaque année un pseudobulbe peu enraciné qui affleure le sol. Quand l’hiver arrive, les racines dévitalisées libèrent le bulbe de son port d’attache. Il va alors profiter du vent et des inondations hivernales pour se balader au gré des courants en quête d’une nouvelle terre d’accueil. Une tactique de reproduction végétative plus ou moins fructueuse selon les années et les conditions météorologiques.
Côté sexe, l’original pratique aussi l’autogamie : le liparis se féconde donc tout seul grâce aux gouttes d’eau qui font tomber les pollinies vers le stigmate. Une façon de faire qui a le mérite de perpétuer l’espèce, mais qui ne renouvelle pas le patrimoine génétique. Les menaces qui pèsent sur ses habitats sonnent comme un avis de tempête pour son avenir.

Cet article fait partie du dossier
Amours d’orchidées
-
Nature d’ici
Nature d’ici« Les orchidées sont menacées »
Abonnés -
Nature d’ici
Nature d’iciChez les orchidées, un labelle de qualité
Abonnés -
Nature d’ici
Nature d’iciLe sabot de Vénus : botte secrète des forêts
Abonnés -
Nature d’ici
Nature d’ici3 choses à savoir sur les mystérieuses orchidées
-
Nature d’ici
Nature d’iciLes orchidées dépendent de champignons pour leur survie
Abonnés -
Nature d’ici
Nature d’iciUne journée avec des mordus d’orchidées
Abonnés -
Nature d’ici
Nature d’iciDécouvrez les incroyables tactiques de séductions de 7 orchidées
Abonnés

Cet article est extrait de la Revue Salamandre
Catégorie
Ces produits pourraient vous intéresser
Poursuivez votre découverte
La Salamandre, c’est des revues pour toute la famille
Plongez au coeur d'une nature insolite près de chez vous
Donnez envie aux enfants d'explorer et de protéger la nature
Faites découvrir aux petits la nature de manière ludique
merci de ne pas les utiliser sans l'accord de l'auteur