Focus sur la population de gélinotte des bois des Vosges
Vestige d’une population autrefois étendue du Benelux à la Bourgogne, seule une poignée de gélinottes survit aujourd’hui dans les Vosges. Pour combien de temps encore ?
Vestige d’une population autrefois étendue du Benelux à la Bourgogne, seule une poignée de gélinottes survit aujourd’hui dans les Vosges. Pour combien de temps encore ?
Les temps sont durs pour la faune du vieux massif granitique. Tandis que l’extinction du lynx était redoutée en 2016 dans les Vosges, c’est la disparition programmée du grand tétras qui suscite l’émotion durant l’hiver 2022. Il subsiste en effet seulement deux ou trois coqs dans une montagne qui en a connu 1 000 il y a un siècle. Et voilà que dans l’ombre de ces deux bêtes emblématiques, la timide gélinotte des bois tire sa révérence…
Lignée à part ?
La gélinotte était autrement plus répandue en Europe par le passé. L’espèce serait remontée vers le nord après la dernière glaciation, à partir de deux refuges : la péninsule Ibérique et les Balkans. On a longtemps cru que la lignée ibérique était génétiquement à part. Cette dernière occupait les Pyrénées, le Massif central et les plaines du nord-est de la France, jusqu’aux forêts ouest-allemandes. D’autres sous-espèces venues de l’est auraient permis la colonisation des Alpes et du Jura. Cette hypothèse était confortée par une différence visuelle entre les oiseaux vosgiens – bien plus roux – et les oiseaux jurassiens. Mais voilà, « les dernières études concernant le volet génétique ne confirment plus ce scénario, faute d’éléments probants », selon Thomas Chevalier, chargé de mission scientifique au Groupe Tétras Vosges. Quoi qu’il en soit, les oiseaux vosgiens n’en restent pas moins les derniers représentants d’une vaste population. Les plaines de Bourgogne et de Lorraine ont perdu l’espèce il y a trente ans. La Forêt-Noire allemande, l’Ardenne belge et le Luxembourg ont dit adieu à la gélinotte au début de ce siècle. Les raisons de ce déclin sont multiples.
Espoir ténu
La vie résiste : aux dernières nouvelles, la gélinotte s’est reproduite dans le massif vosgien en 2022. Au-delà de ce cas presque miraculeux, la présence du petit galliforme est avérée sur 19 carrés de 1 km de côté, sachant qu’un même individu a pu laisser des indices sur plusieurs mailles contiguës. Mauvais signe : cette présence est très sporadique du nord au sud du massif, avec beaucoup d’espaces désertés. Alors, combien en reste-t-il ? « Entre une dizaine et plusieurs dizaines », selon Thomas Chevalier. Le jeune ornithologue en convient, cette imprécision ne saurait masquer le caractère dramatique de la situation.
Que faire ? Il a été question d’élevage et de réintroduction. Comme pour le grand tétras, cette piste ne fait pas du tout l’unanimité parmi les spécialistes.
En attendant, Thomas Chevalier assure que tout est fait en faveur de l’espèce, là où le timide oiseau laisse des indices de sa présence. En premier lieu avec l’Office national des forêts, qui détient les clés de la gestion de l’habitat. Chaque station occupée ces dernières années bénéficie de quiétude et d’une exploitation forestière adaptée. Un animal emblématique d’un milieu naturel est généralement qualifié d’espèce parapluie. Le protéger, c’est protéger tout un monde. Alors que le parapluie gélinotte se referme, il convient de choyer plus que jamais la biodiversité de ce massif de moyenne montagne. « Les crêtes et les tourbières des Vosges abritent des trésors, une entomofaune riche, les petites chouettes de montagne ou encore le pic cendré », s’enthousiasme le jeune ornithologue.

“Les crêtes et les tourbières des Vosges abritent des trésors, une entomofaune riche, les petites chouettes de montagne ou encore le pic cendré.
„
Thomas Chevalier - Chargé de missions scientifiques au Groupe Tétras Vosges. A Gerardmer (Vosges), en France.
Soulever des montagnes
L’important déclin de la gélinotte des bois dans le nord- est de la France et dans les pays limitrophes est multifactoriel. Au premier chef, la diminution drastique des habitats favorables, riches en sous-bois de feuillus, consécutive aux changements de pratiques forestières favorisant aujourd’hui la futaie. La fragilisation et l’isolement des populations qui en a découlé a eu un effet accélérateur, tout comme le développement des cerfs et sangliers, brouteurs d’arbustes, les loisirs de plein air, les voies de communication et le changement climatique. Corriger tous ces paramètres relève d’un défi colossal.

Considérée jusqu’à tout récemment comme une sous-espèce à part (rhenana), la gélinotte des bois des Vosges présente un plumage plus roux que les oiseaux jurassiens, alpins ou nordiques. Le plumage de ce morphe pourrait avoir évolué ainsi en lien avec des habitats plus riches en feuillus et moins longtemps enneigés.

Les gélinottes adultes se nourrissent de bourgeons et chatons. Contrairement au grand tétras, elles consomment très rarement des aiguilles de résineux. Le saule, le sorbier et le noisetier sont des arbres essentiels de l’habitat de l’espèce. Le noisetier est même à l’origine de ses noms anglais Hazel Grouse et allemand Haselhuhn.

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Cet article est extrait de la Revue Salamandre
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